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Les munitions

Les munitions

Difficile d’aborder le sujet des munitions sans évoquer la balistique, c’est à dire la science de la trajectoire. C’est l’essence même d’une munition. Depuis le début des armes les munitions se sont considérablement améliorées.

Un peu d’histoire : on est passé d’une balle de plomb qu’on “bourrait” dans le canon des arquebuses (c’est de la que vient le terme « balle ») après y avoir versé la poudre, mis une bourre et tassé le tout. Le dosage de la poudre était relativement imprécis et le gaspillage conséquent sur un champ de bataille.

Il s’agissait de poudre noire (PN) qui est un mélange explosif de souffre, de nitrate de potassium (aussi appelé salpêtre et de charbon de bois. Les proportions sont de l’ordre de 15 % de charbon de bois, 10 % de souffre et 75 % de salpêtre ces proportions varient légèrement en fonction du type de poudre désiré. L’explosion de PN produit beaucoup de résidus solides mais aussi pas mal de fumée.

Attention que la manipulation de PN est « dangereuse », une flamme, une friction, une étincelle ou même un rayon laser l’enflamme avec un effet flash.

Poudre noire

Une première amélioration a eu lieu en confectionnant de petits cylindres en papier remplis de la bonne dose de poudre. Le tireur ou le soldat déchirait le sachet (la cartouche en papier) avec les dents et versait le contenu dans le canon, mettait une bourre, etc …

En 1836 Casimir Lefaucheux dépose un brevet pour une munition avec un étui en papier qui contenait la poudre, la bourre, la balle et l’amorce. Le papier était traité au nitrate de potassium et à l’acide nitrique afin qu’il se consume complétement. Un aiguille perpendiculaire vient frapper une amorce au fulminate lorsqu’elle s’enfonce sous l’action du chien. Le gain de temps entre chaque tir est conséquent. C’était la cartouche à broche.

Cartouches à broche

En 1841 l’armée prussienne adopte le fusil Dreyse appelé aussi fusil à aiguille et qui est l’un des premiers fusils à chargement par la culasse.

Le Dreyse fonctionne avec une cartouche en papier et un percuteur très long appelé “aiguille”. La cartouche contient : la balle en plomb, l’amorce placée devant la poudre (juste derrière la balle), la charge de poudre noire, l’enveloppe en papier.

Quand on appuie sur la détente : le ressort propulse l’aiguille, elle traverse la poudre, elle frappe l’amorce placée près de la balle, la poudre s’enflamme et propulse la balle.

Fusil Dreyse, vue sur le verrou, l’aiguille et coupe d’une munition où on voit la position de l’amorce derrière la balle
Représentation de munitions pour le fusil Dreyse avec l’amorce derrière la balle.

Par la suite (1866) est apparue la cartouche en papier avec une amorce derrière la poudre (exemple avec le fusil Chassepot 1ère version) qui est un perfectionnement de la cartouche Dreyse.

Cartouches papier destinées au fusil Chassepot
Percuteur aiguille d’un Chassepot

L’aiguille perçait le papier et venait percuter l’amorce.
Il s’agissait du début de la percussion centrale.

Coupe du système de percussion Fusil Chassepot

Très rapidement (1874) et suite à la guerre franco-prussienne de 1870 le fusil Chassepot est transformé en fusil Gras avec cette fois une cartouche métallique est utilisée, la munition est appelée 11 x 59 R Gras.

A gauche cartouche Gras, à droite cartouche Chassepot
Verrou de fusil Gras (ou Chassepot-Gras dont l’aiguille a été remplacée par un percuteur plus court et plus massif

Remarque : l’histoire qui précède et qui suit est incomplète. On aurait pu aborder d’autres évolutions intermédiaires (mais tout aussi importantes) mais le but n’étant pas de faire un livre sur l’histoire des armes et de leur munitions, certaines inventions remarquables ont été volontairement ignorées.

Jusqu’à présent la poudre utilisée est la poudre noire avec ses inconvénients :
Sensibilité à l’humidité, beaucoup de résidus et de fumée et puissance réduite.

Avec l’apparition de la poudre sans fumée (Smokeless Powder) les types de munitions se sont multipliés presque à l’infini : différents calibres, formes, poids, matières des balles, différentes amorces, différentes forme de douilles, différents types de poudre, … vous comprenez qu’en faisant variant ces éléments les combinaisons sont presque en nombre infini.

Une munition moderne se compose de 4 éléments. Un étui ou douille dans lequel on insère une amorce, de la poudre et une balle ou projectile.

Chaque composant en combinaison avec les caractéristiques du canon définit la vitesse de sortie du projectile. La portée de la munition, c’est-à-dire la distance maximum qu’il atteindra, est issue de sa vitesse initiale, de son poids de sa forme et de facteurs extérieurs comme la température, la pression atmosphérique mais aussi fonction de facteurs géographiques.

Petit rappel de physique : pour une munition on parle d’énergie cinétique et pas de puissance. L’énergie s’exprime en Joules (J) ou en foot-pound (ft.lb) dans le monde anglo-saxon.

1 Joule = 0,74 ft.lb et 1 ft.lb = 1,36 Joule

La puissance est quant à elle l’énergie produite par unité de temps, dans le cas d’une munition l’énergie libérée l’étant dans un temps extrêmement court la puissance est énorme. L’unité de puissance est le watt (W) qui est 1 Joule par seconde. Cette notion n’est pas utilisée par les tireurs.

L’énergie cinétique est le produit de la masse par la vitesse au carré.

Energie (Joule) = Masse (Kg) x [Vitesse]² (m/s)

Pour avoir une idée : l’énergie d’une 22 LR en sortie de canon commence vers 150 Joules (certaines vont jusque +/- 220 J), cette valeur est à comparer avec celle d’une .50BMG qui est de +/- 18000 J.

Comparaison entre une 22 LR et une .50 BMG

Éléments constitutifs de la munition :

Les munitions peuvent varier en fonction du type d’arme, mais les éléments de base d’une munition sont généralement les suivants :

  • Projectile (ou balle) : C’est la partie de la munition qui est projetée par l’arme. Elle est conçue un effet recherché sur une cible : impact net pour le tir sportif, impact transmettant toute l’énergie pour la chasse, ou effet perforant pour percer un blindage, etc …

Ce qui caractérise un projectile ce sont :

  • Son poids qui s’exprime en grammes (g) ou en grains (gr). Un grain(unité de mesure de masse) équivaut à environ 0,0648 gramme.
  • Sa forme qui peut être extrêmement variée et qui est désignée par des abréviation telles que :

FMJ : Full Metal Jacket, HP : Hollow Point, BT : Boat Tail, etc ….

  • Sa construction : plomb lubrifié, plomb chemisé de cuivre, acier chemisé de cuivre, plomb cuivré, monolithique (un seul métal), etc ….

Évidemment ces caractéristiques conditionnent le comportement balistique.

Quelques types de balles.

1. Ogive 2. Corps 3. Pointe, nez ou tête 4. Noyau 5. Blindage, chemise ou jaquette 6. Arrière fuyant (ou boat tail) 7. Culot ou base
1. Complètement blindé à nez rond (Round Nose), 2. Blindé à nez mou (Soft Nose), 3. T-Mantel (R.W.S.), 4. Blindé ogival à pointe creuse (Hollow Point), 5. Blindé à nez plat (Flat Nose), 6. Conique à pointe expensive, 7. Blindé de match, pointe
  • Étui (ou douille) : l’étui est le boîtier dans lequel les autres composants de la munition sont contenus. Il est généralement fabriqué en métal, souvent en laiton ou en plastique (parfois en acier) et sert à maintenir les éléments constitutifs de la munition avant le tir. Il contient la charge de poudre et sert à recevoir l’amorce. L’étui est aussi appelé « douille ».

    Quelques exemples de culot de douille :
1: A culot renforcé, 2: A bourrelet réduit, 3: A gorge, 4: A demi-bourrelet, 5 : A bourrelet
  • Poudre (propulseur) : C’est une charge de poudre ou d’un autre propulseur qui génère les gaz nécessaires pour propulser le projectile à grande vitesse lors du tir. La poudre peut être de type poudre noire (PN) (moins utilisée aujourd’hui) ou de type poudre sans fumée. Le poids de poudre est exprimé en grain (la même unité que l’unité du projectile).
    La poudre sans fumée peut être qualifiée de « à simple base » ou « à double base » : simple base = nitrocellulose seule, double base = nitrocellulose + nitroglycérine (plus énergétique).
    Enfin intervient aussi la forme des grains de poudre qui peut être : Monotubulaire, en bâtonnets, en paillettes, sphérique, sphérique écrasée ou en disques.
  • Amorce : Il s’agit de l’élément qui permet de déclencher l’explosion de la charge de poudre. L’amorce est une petite capsule qui contient une substance inflammable. Lorsque le percuteur frappe l’amorce, cette dernière produit une petite explosion qui enflamme la poudre qui à son tour propulse le projectile. On distingue principalement les amorces pour arme à percussion annulaire (calibre 22 lr, 22 wmr, 17 hmr, …) et les amorces pour munition à percussion centrale.
    Lorsqu’il s’agit de percussion annulaire le composé explosif  (fulminant) est contenu dans le bourrelet du culot et le percuteur provoque l’explosion en écrasant ce bourrelet.
Munition à percussion annulaire
Munition percutée

Les douilles à percussion centrale reçoivent une amorce lors de leur fabrication, cette amorce est enfoncée dans le puit d’amorce.

L’amorce est constituée d’une petite capsule en laiton ou en cuivre, elle contient le mélange explosif très sensible aux chocs et une enclume. Lorsque le percuteur écrase l’amorce le mélange explose et communique l’explosion à la poudre contenue dans la douille.

Amorce non percutée
Amorces percutées

Il existe 2 types d’amorces pour percussion centrale ; l’amorce Boxer et l’amorce Berdan. L’amorce Berdan est plus rare et plus difficile à démonter si on désire recharger les douilles.

Caractéristiques d’une munition :

  • Les dimensions et d’autres données : celles-ci sont définies par différentes normes (CIP, SAAMI, normes OTAN , …) qui servent aux fabricants afin d’uniformiser la production.
Exemple des spécifications CIP pour la munition 308 Winchester
  • Le calibre : c’est en général le diamètre du projectile et la longueur de la douille ou d’autres dénominations qui trouvent leurs origines dans l’histoire.
  • Pour illustrer ce qui précède voici quelques munitions aux dénominations différentes mais qui se tirent dans un canon de même diamètre intérieur. Le diamètre du projectile étant quant à lui de ~.224″. Cet inventaire est loin d’être unique, beaucoup d’autres munitions ont un autre diamètre identique mais sont différentes.
    • .22 Short
    • .22 Long
    • .22 Long Rifle (.22 LR) 
    • .22 WMR (.22 Winchester Magnum Rimfire)
    • .22 WRF (.22 Winchester Rimfire)
    • .17 HM2(basée sur une douille de .22 LR modifiée)
    • .22 Hornet
    • .218 Bee
    • .219 Zipper
    • .220 Swift
    • .221 Fireball
    • .222 Remington
    • .222 Remington Magnum
    • .223 Remington
    • 56×45 mm NATO (proche du .223 mais pas identique)
    • .224 Valkyrie
    • .22 Nosler
    • .22 PPC
    • .22 BR
    • .22-250 Remington
    • .22-243
    • .22-6mm
    • .22 Creedmoor
    • .22 ARC
    • .22 Dasher
    • .22 GT
  • Comme vu ci-avant le poids du projectile est aussi une de ses caractéristiques mais qui n’est pas définie par la norme CIP.
  • La norme CIP ne définit pas non plus son énergie et sa vitesse V0 issue de la charge de poudre en combinaison avec le poids du projectile.
  • Ni la forme du projectile.
  • Les autres valeurs définies par la CIP sont les différentes pressions et l’énergie.

Remarque : dans le chapitre relatif aux armes à levier sous garde on évoquait que leurs munitions étaient à tête plate ou ronde et les douilles à conicité plus importante. Cela s’explique par le fait que ces munitions mises l’une derrière l’autre dans un tube ont leur tête en contact avec l’amorce de la munition suivante. Si la balle a une pointe il y a un risque de percussion, d’une part on réduit fortement celui-ci avec une balle à tête non pointue et d’autre par la conicité de la douille qui a tendance à orienter la pointe en dehors de l’amorce.

Vous constatez que le sujet des munitions est inépuisable tant par la variété des calibres et leurs caractéristiques que par les types ou le poids des balles pour un même calibre, les types d’étui, de poudres, d’amorces, les fabricants, etc …

Une littérature spécialisée est disponible à ce sujet dont des livres destinés aux tireurs réalisant eux-mêmes leurs munitions : activité qu’on appelle Rechargement.

Pour illustrer cette variété presqu’infinie voici quelques exemples.

De gauche à droite :

22 court, 22 long rifle, 17 HMR, .30 carbine, .223 Remington,  .308 Winchester, 7,62x54R, .303 British, 30-06 Springfield

De gauche à droite :

7,65 Browning, 9 mm court, 9 mm para, 7,62 Tokarev, 7,63 Mauser, .38 Special Wadcutter, .45 ACP, .357 Magnum

Conseil : 

lors de l’achat d’une arme, il est conseillé de se renseigner sur la disponibilité des munitions car avec le temps certaines munitions sont abandonnées par les fabricants faute de succès commercial.

Exemples :  .30 Remington AR,  .41 Action Express,  .224 BOZ,  .225 Winchester, 5 mm Remington Rimfire Magnum (longtemps arrêté puis relancé brièvement)

Le prix est aussi un critère de choix important, le prix d’une boîte de 50 22 LR est de l’ordre de 7 à 10 € (2026) quoique certaines coûtent plus de 25 € (munitions Match), une boîte de 22 WMR est de l’ordre de 25 € pour 50 tout comme une boîte de 17 HMR. Avec des calibres comme le .308 W ou le 30-06 S le prix dépasse facilement 1 € par munition.

 C’est à prendre en compte faute de quoi votre belle arme risque de rester au coffre plus souvent que vous ne l’aviez imaginé.


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